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intro

de la fascination toute intellectuelle pour les figures de l'exilé et du nomade, l'ouverture des frontières disciplinaires, le voyage des concepts au confinement des penseurs et artistes "extra-occidentaux", à la peur  des immigrés et des Roms, de l'habitat mobile et/ou précaire,
comment se croise l'espace / la théorie / l'identité ?
quel espace pour des auto-constructions identitaire et habitationnel ?

territoire (définition)

par territoire
j’entendrais
toute « chose » close, clairement délimitée
et sur laquelle un individu ou groupe d’individus
a un sentiment de propriété
ou à laquelle on est sommé(e) d'appartenir

le fouet

le fouet

autrement dit le territoire disciplinaire
et si ça vous évoque plus les camps disciplinaires que les disciplines théoriques
vous n’êtes pas pour autant très loin de mon propos

« on sait qu’à l’origine le mot discipline désignait un petit fouet qui servait à s’autoflageller, permettant donc l’autocritique, dans son sens dégradé, la discipline devient un moyen de flageller celui qui s’aventure dans le domaine des idées que le spécialiste considère comme sa propriété. »
                                                                                                                 Edgar Morin, Sur l'interdisciplinarité


ainsi chaque discipline a ses gardiens, gardiens de la définition et de sa localisation,
près à vous fouetter au moindre écart et s’ils gardent l’entrée,
ils empêchent aussi la sortie / l’ouverture

Frida Kahlo


" « Quand je suis arrivée, les tableaux étaient encore à la douane, parce que ce f. de p. de Breton n’avait pas pris la peine de les en sortir. Il n’a jamais reçu les photos que tu lui as envoyées il y a des lustres, ou du moins c’est ce qu’il prétend ; la galerie n’était pas du tout prête pour l’exposition, d’ailleurs ça fait belle lurette que Breton n’a plus de galerie à lui. J’ai donc dû attendre des jours entiers comme une imbécile jusqu’à ce que je fasse la connaissance de Marcel Duchamp (un peintre merveilleux) qui est le seul à avoir les pieds sur terre dans cette bande de cinglés de dingos de fils de pute de surréalistes. Il a immédiatement sorti mes peintures et a essayé de trouver une galerie. Enfin, il y a une galerie qui s’appelle Pierre Colle qui a accepté cette satanée exposition. Maintenant Breton veut exposer avec mes peintures : 14 portraits du 19ème s. mexicains, environ 32 photographies d’Alvarez Bravo et des tas d’objets d’artisanat qu’il a acheté sur les marchés au Mexique, rien que des merdes ! Qu’est-ce que tu dis de ça ? La galerie est censée être prête pour le 15 mars. Mais ... il faut restaurer les 14 huiles du 19ème s. et cette foutue restauration prend un mois entier. Et il a fallu que je prête 200 balles à Breton pour la restauration parce qu’il n’a pas un sou. ( J'ai envoyé un cable à Diego lui racontant la situation et lui disant que j'ai prêté cet argent à Breton - il était furieux, mais maintenant c'est fait et je n'ai rien à faire à ce sujet). J'ai encore de l'argent pour rester ici jusqu'au début de mars donc je n'ai pas trop à m'inquiéter.
Enfin, il y a quelques jours, une fois que tout était plus ou moins arrangé comme je t’ai dit, Breton m’a dit que l’associé de Pierre Colle, une vieille ordure et un fils de pute, a vu mes peintures et a trouvé seulement que deux étaient montrables parce que le reste est trop choquant pour le public. C’est vraiment trop pour mon caractère. J’aimerais mieux rester assise par terre à vendre des tortillas sur le marché de Toluca que d’avoir à faire avec ces salopes artistiques de Paris. Ils s’assoient des heures dans les cafés à réchauffer leurs précieuses fesses, parlent sans arrêt de "culture", de "l’art", de "Révolution", et ainsi de suite, et patin et couffin... Ils se prennent pour les Dieux du monde et ils rêvent les idioties les plus fantastiques et empoisonnent l’air de théorie et de théorie qui ne se réalisent jamais. Mince alors. Le lendemain, ils n’ont rien à manger, vu que pas un seul d’entre eux ne travaille. Ils vivent comme des parasites, aux crochets d’un tas de vieilles peaux pleines aux as qui admirent le « génie ». "

extrait d'une lettre du 16 février 1939 à Nickolas Muray 
à partir d'une écoute d'une émission de france culture
(1er texte lu après la présentation) complétée grâce au site  
cetteadressecomportecinquantesignes 
(si si avec le http et tout et tout ça fait bien le compte...)

TOTAL vs. HASSAN MUSA




















Dix trucs pour ne pas devenir artiste africain
Hassan MUSA (03/08/1995)

1 – Méfie-toi des historiens !
L’Histoire n’a pas commencé avec la préhistoire. Il y a toujours eu une Histoire. Il n’y a jamais eu de Nouvelle Page Vierge que les historiens tournent pour marquer la Rupture. Il n’y a jamais eu de Rupture avec un passé fabriqué à partir des illusions du présent. Les Avant-Garde finissent toujours par devenir des Arrière-Garde pour les «Gardes» suivantes.

2 – Ne crois pas tout ce qu’on te raconte sur l’Histoire !
L’histoire (tout comme l’Art, la femme, les religions et les statistiques) n’intéresse les hommes que dans la mesure où ils peuvent en tirer des repères pour occuper l’infinité de l’espace et du temps et en exclure d’autres hommes. L’Europe coloniale et néo-coloniale tient à nous infliger sa propre Histoire comme l’Histoire de l’Universel et depuis, nous faisons partie de la partie exclue.

3 – Cesse de te prendre pour «l’Autre» simplement parce que d’autres l’envisagent !
Tu es ce que tu crois être, car dans l’état actuel des choses, être «Autre» signifie être exclu, simplement parce que tes Ancêtres ont eu une histoire différente de l’Histoire Officielle, celle qui se donne comme référence de l’Universel. De nos jours, avoir une histoire «différente» équivaut à ne pas en avoir, notamment lorsque ladite Histoire est celle des dominants.

4 – Pas la peine de réécrire l’Histoire, on l’a déjà écrite à ton insu !
Cela ne peut que te marginaliser davantage, tu n’auras droit qu’à une «Sous-Histoire» ou un «Contre-Histoire» !
La meilleure solution c’est de t’emparer de cette Histoire «Ready-Made» tout comme les Italiens du XIVème siècle, au nom de la Renaissance, se sont attribués la propriété de l’Histoire Antique ; et tout comme les penseurs socialistes du XIXème socialiste, au nom de l’Humanisme, se sont emparés de l’Héritage chrétien. Bien entendu, il te faudra ruser pour t’approprier l’Humanisme de la fin du XXème siècle miné par la Modernité «exclusioniste».
Pour donner une nouvelle chance à l’Humanisme, il te faudra trouver des alliés capables de troquer la charité contre l’équité et d’accepter le partenariat comme stratégie nécessaire à la survie de tous. Pour trouver ces alliés, il te faudra inventer une ruse encore plus grande que la précédente.

5 – Arrête de chercher tes racines par terre chaque fois qu’il est question d’identité !
Tu es un homme, pas un légume !
Tu es debout sur le macadam de Babel et tu parles toutes ses langues !

6 – Traverse les frontières chaque fois que tu te trouves à un poste frontière!
Tu ne seras pas plus étranger de l’autre côté que tu ne l’étais de «ton» côté.
Ne cherche pas à obtenir un visa. On ne te le donnera jamais ! défonce la porte, fausse les papiers, corromps les douaniers …Procéder ainsi relève d’un autre art «africain» que les Européens ignorent : celui de la survie.
Qui sait, un jour tu pourras peut-être franchir les frontières qui séparent les exclus des «inclus».

7 – Ne mords pas la main charitable qui te nourrit, mange-la !
De toute façon, elle ne te donnera que des miettes ! La Charité est devenue un «Business» dont la finalité est de restaurer l’exclusion en Nouvel Ordre International.

8 – Ne broie pas d’idées noires, ni de toutes autres couleurs !
Et méfie-toi des hommes de couleurs (c’est-à-dire de tous les hommes qui se positionnent à partir de leur couleur de peau ou de celle des autres). Il est très difficile de voir une «âme noire» dans une pièce sombre surtout lorsqu’elle n’y est pas ! Personne ne connaît la couleur exacte de l’ «âme noire» des Africains ! (Même pas les noirs Africains eux-mêmes).

ADORNO vs. LOPPSI 2

Article 32 ter A 

(Version Sénat 1ère lecture, 10 septembre 2010) 
avec (en italique) les nouveaux amendements : 

I. - Lorsqu’une installation illicite en réunion sur un terrain appartenant à une personne publique ou privée en vue d’y établir des habitations (ou des campements précaires, fixes ou mobiles) comporte de graves risques pour la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques, le représentant de l’État dans le département, ou, à Paris, le préfet de police, peut mettre les occupants en demeure de quitter les lieux. 

La mise en demeure est assortie d’un délai d’exécution qui ne peut être inférieur à quarante-huit heures. Elle est notifiée aux occupants et publiée sous forme d’affichage en mairie et sur les lieux. Le cas échéant, elle est notifiée au propriétaire ou titulaire du droit d’usage du terrain. 

Lorsque la mise en demeure de quitter les lieux n’a pas été suivie d’effet dans le délai fixé et n’a pas fait l’objet d’un recours dans les conditions prévues au II, le préfet peut procéder à l’évacuation forcée des lieux, sauf opposition du propriétaire ou du titulaire du droit d’usage du terrain dans le délai fixé pour l’exécution de la mise en demeure. Le cas échéant, le préfet saisit le président du tribunal de grande instance d’une demande d’autorisation de procéder à la destruction des constructions illicites édifiées pour permettre l’installation en réunion sur le terrain faisant l’objet de la mesure d’évacuation. Le président du tribunal ou son délégué statue, en la forme des référés, dans un délai de 48 heures. 

Lorsque le propriétaire ou le titulaire du droit d’usage du terrain fait obstacle à l’exécution de la mise en demeure, le préfet peut lui demander de prendre toutes les mesures nécessaires pour faire cesser l’atteinte à la salubrité, à la sécurité et à la tranquillité publiques, dans un délai qu’il fixe. 

Le fait de ne pas se conformer à l’arrêté pris en application de l’alinéa précédent est puni de 3 750 euros d’amende. 

(I bis. – Les dispositions du I. sont applicables à tout campement illicite précaire, fixe ou mobile, érigé depuis plus de six mois) 

II. - Les personnes destinataires de la décision de mise en demeure prévue au I, ainsi que le propriétaire ou le titulaire du droit d’usage du terrain peuvent, dans le délai fixé par celle-ci, demander son annulation au tribunal administratif. Le recours suspend l’exécution de la décision du préfet à leur égard. Le président du tribunal ou son délégué statue dans un délai de soixante-douze heures à compter de sa saisine. 

(Article 32 ter A (nouveau) : Procédure d’évacuation forcée des campements illicites  « L’article 226-4 du code pénal est complété par un alinéa ainsi rédigé :  « Est puni des mêmes peines le fait de séjourner dans le domicile d’autrui sans l’autorisation du propriétaire ou du locataire et de ne pas le quitter immédiatement à la requête du propriétaire ou du locataire. » )

Asiles pour sans-abri – 

Ce qu’il en est à présent de la vie privée, l’espace où elle a lieu le montre bien. À vrai dire, il est devenu tout à fait impossible d’habiter.
Les demeures traditionnelles, où nous avons grandi, ont maintenant quelque chose d’insupportable : chaque élément du confort que nous y trouvons s’achète au prix d’une trahison de nos exigences intellectuelles et chaque trace d’un rassurant bien-être en sacrifiant à cette communauté d’intérêts étouffante qu’est la famille. L’architecture fonctionnelle, qui a fait table rase de tout superflu, ne produit que des étuis pour béotiens confectionnés par des experts, ou bien des usines égarées dans la sphère de la consomnation, qui n’ont pas la moindre relation avec ceux qui les habitent : de tels logements sont une gifle donnée à la nostalgie d’une existence indépendante, qui de toute façon n’existe plus. L’homme moderne souhaite dormir près du sol comme un animal, c’est ce qu’affirmait avant Hitler un magazine allemand avec un masochisme prophétique, supprimant ainsi la frontière entre la veille et le rêve en même temps que le lit lui-même. Lourds de sommeil, les gens sont disponibles à tout moment et prêts à tout sans résistance, à la fois alertes et inconscients. Celui qui se contente d’accumuler chez lui les éléments disparates d’un mobilier de style authentique procède, de son vivant, à son propre embaumement. Celui qui veut échapper aux responsabilités du logement en prenant une chambre à l’hôtel ou un appartement meublé est un malin pour qui, en quelque sorte, les conditions qu’imposent l’émigration deviennent la règle. Comme toujours, c’est pour ceux qui n’ont pas le choix que la situation est la plus difficile. Ils habitent sinon dans les bidonvilles, du moins dans des bungalows mais, demain déjà, ils coucheront peut-être dans des cabanes de jardinier, dans des caravanes ou dans leurs voitures, sous la tente où à la belle étoile. Le temps de la maison est passé. Les destructions infligées aux villes européennes, exactement comme les camps de travail et les camps de concentration, ne font qu’exécuter ce que l’évolution immanente de la technique a décidé depuis longtemps quant à l’avenir des maisons. Ces dernières n’ont plus qu’à être jetées comme de vieilles boîtes de conserve. La possibilité d’habiter est anéantie par celle de la société socialiste, qui, en tant que possibilité manquée, est devenue le mal rampant de la société bourgeoise. Aucun individu ne peut rien faire contre. Déjà quand il se préoccupe de décoration intérieure et conçoit son propre mobilier, il se rapproche d’un goût d’inspiration « arts décos », un peu comme un bibliophile, même s’il est tout à fait contre les « arts décoratifs ». Avec le recul, la différence entre Bauhaus et Wiener Werkstätte n’est plus si marquante. Entre-temps, la ligne des formes purement utilitaires est devenue autonome et s’est affranchie de sa vocation fonctionnelle pour devenir ornementale, tout comme les formes typiques du cubisme. La meilleure attitude par rapport à tout cela semble être encore une attitude suspensive, qui ne s’engage à rien : mener sa vie privée aussi longtemps que le type de société dans laquelle nous vivons et nos besoins personnels ne permettent pas de vivre autrement, mais ne pas la compromettre en attendant d’elle qu’elle puisse être encore la réalisation adéquate de l’individu dans sa vraie dimension sociale.
« Il fait même partie de mon bonheur de ne pas être propriétaire », écrivait Nietzsche dans Le Gai Savoir. Il faudrait même ajouter maintenant qu’il fait aussi partie de la morale de ne pas habiter chez soi. Voilà qui témoigne du rapport difficile que l’individu entretient avec ce qu’il possède, pour autant qu’il possède encore quelque chose. Tout l’art ne serait qu’à faire connaître en pleine évidence que, d’une part, la propriété privée n’appartient plus à personne, au sens où la masse des biens de consomnation est devenue potentiellement si abondante qu’aucun individu n’a plus  le droit de se cramponner au principe de leur limitation mais que, d’autre part, il faut cependant posséder quelque chose si l’on ne veut pas tomber dans la dépendance et la nécessité qui profitent au maintien aveugle des rapports de propriété. Mais, dans ce paradoxe, la thèse conduit à la destruction, à l’indifférence et au mépris des choses, ce qui se retourne nécessairement contre l’homme lui-même ; et l’antithèse est déjà, dans l’instant même où on la formule, une idéologie à la disposition de ceux qui, en toute mauvaise conscience, veulent garder ce qui est à eux. Il ne peut pas y avoir de vraie vie dans un monde qui ne l’est pas. 

  in Minima Moralia,  réflexions sur la vie mutilée,  Theodor W. Adorno, 1951

daubé du 19/03/2011